Tête blanche, visage ridé comme une vieille pomme, bras décharnés articulés autour d’un vêtement noir trop ample, la vietnamienne ressemblait à une araignée géante suçant une proie qu’elle venait de saisir. Ses mains glissaient dans un va et vient lent et continu le long, d’un tube transparent , comme pour mieux faire monter les entrailles de l’insecte capturé, vers cette trompe qui prolongeait sa bouche.
Réveille-toi soldat : ce n’est qu’une vieille femme qui tente d’oublier en fumant une pipe .
L’opium ouvre la porte d’un monde meilleur ou tout est plaisir et facilité ; l’oubli du difficile quotidien. Alors, si tu le sais, si tu le comprends, pourquoi faut-il qu’une idée machiavélique prenne corps dans ton esprit ? Réminiscence de l’enfance ?
Un coup de pied, un simple petit coup de pied, faible, donné comme à regret, suffit à transformer en champ de ruine le laboratoire de chimie dressé par la vieille femme qui voulait s’évader.
Debout, jambes écartées, l’homme, l’étranger, regardait le tableau, surpris par, l’importance des dégâts, surpris aussi par la stupidité de son propre geste.
On ne vit pas en zone de guérilla sans acquérir un sens supplémentaire, signal d’alarme d’un danger imminent .
Faisant preuve d’une rapidité, d’une énergie incroyables, l’araignée fonçait sur le sous-off, coupe-coupe en main. Il n’ eut que le temps de se réfugier derrière un palmier. Lorsque la lame passait à droite, le militaire était à gauche et vice versa. Fatiguée après quelques assauts, la vietnamienne fut facilement désarmée.
Bien des années plus tard, le sous-off repense à cette période où intransigeance et intolérance étaient élevées au rang de vertus. Pour mieux l’oublier, il se dit qu’il était lui même la victime d’un système politique moralement défaillant. Est-ce vraiment une excuse ?
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